Neuroatypique, fais un effort ! 🙄

« Fais un effort. » Si tu es neuroatypique, cette petite phrase, tu l’as probablement entendue toute ta vie. Elle est souvent présentée comme un encouragement, mais en réalité, c’est une injonction qui ignore totalement ton fonctionnement neurobiologique. Te dire de faire un effort, c’est faire comme si tes difficultés n’étaient qu’une question de manque de volonté.

Cette injonction à l’effort est partout : à l’école, au travail, et même dans le discours de tes proches. Le problème, c’est que tu l’as intériorisée : à force de l’entendre, tu te juges coupable d’un manque de discipline, de volonté ou de force morale.

Dans le Larousse, l’effort est défini comme la « mobilisation volontaire de forces physiques, intellectuelles, morales en vue de résister ou pour vaincre une résistance« . Ici, la résistance, c’est ton propre fonctionnement, avec ses limites. En résumé, quand on te dit de faire un effort, on te demande de faire « comme si » tu étais neurotypique et de te suradapter au mépris de tes limites.

Dans cet article, nous allons voir pourquoi cette phrase est une erreur factuelle, comment elle peut impacter ta santé et comment t’en prémunir.

Comprendre les spécificités de nos cerveaux

La première chose essentielle, c’est que ton cerveau est physiquement, structurellement et biologiquement différent d’un cerveau neurotypique. Ce n’est pas une simple théorie, c’est une réalité neurobiologique.

Un câblage différent

Prenons des faits concrets pour illustrer ce propos. Tu trouveras les sources (études scientifiques) à la fin de cet article.

  • L’épaisseur de l’insula : Si tu es autiste, des études montrent que ton insula, la zone de ton cerveau qui gère tes émotions sociales, ton intéroception et tes stimuli sensoriels, est moins épaisse. Comme cette zone est plus fine, ton cerveau a beaucoup plus de mal à filtrer les informations et se trouve rapidement envahi par toutes les stimulations qui lui parviennent au même niveau d’importance.
  • Le cortex préfrontal : Que ce soit pour le TSA ou le TDAH, le siège de tes fonctions exécutives présente aussi des différences d’épaisseur. Or, c’est cette zone qui te permet de te concentrer, de planifier ou de passer d’une tâche à l’autre.

Tu ne peux PAS modifier l’épaisseur de ton cortex par ta seule volonté. En revanche, tu peux protéger ton cerveau en limitant ce qui va le surcharger.

Vouloir [faire un effort] pouvoir [faire un effort]

Avec nos cerveaux neuroatypiques, vouloir et pouvoir sont deux choses vraiment différentes.

Pour bien comprendre, on peut prendre l’exemple d’une personne allergique aux cacahuètes afin d’illustrer le propos : elle est physiquement capable d’en avaler, mais avaler une cacahuète la mettrait en danger de mort.

Pour toi, « pouvoir » ne doit plus signifier simplement être capable de faire une action, mais être capable de la faire sans que cela ne nuise à ta santé.

Connais-la théorie des cuillères ? D’après cette théorie, en tant que personne neuroatypique, ta volonté est intacte, mais tes ressources sont limitées par ta biologie. Tu as un stock d’énergie limité chaque jour. Plus limité que la plupart des neurotypiques. Si tu vas au-delà de tes limites et que tu utilises plus de cuillères que tu n’en as, tu en auras encore moins que d’habitude dans les jours qui suivront. Dépasser tes capacités (rappel : on considère que tes capacités = ce que tu peux faire sans que cela ne nuise à ta santé) n’est donc pas viable sur le long terme (et même sur le moyen terme voire le court terme si tu es déjà chroniquement épuisé·e).

Dans certains cas, faire un effort n’est même pas une option, par exemple dans le cas de l‘inertie neurodivergente : avoir la volonté de lancer une tâche ne signifie pas que le signal arrive jusqu’à à tes muscles. Les troubles des fonctions exécutives peuvent créer un barrage entre ton intention et ton action, et même en voulant de toutes tes forces, cela t’est totalement impossible.

Dans tous les cas, forcer et essayer de dépasser ces limites neurobiologiques a un prix : ta santé.

Faire un effort peut coûter cher

Quand tu forces ton cerveau à fonctionner contre sa propre nature, c’est comme si tu faisais un emprunt à ton corps avec un taux d’intérêt très élevé. Un jour ou l’autre, ton corps finit toujours par réclamer le remboursement.

Quand ton corps dit stop : l’épuisement physique

Quand tu es en permanence en train de faire des efforts, par exemple pour filtrer les bruits ou décoder les non-dits, tu places ton système nerveux en état d’alerte. Ton corps est alors inondé de cortisol et de noradrénaline. Cela a de multiples conséquence sur ton corps.

  • Les tensions nerveuses et les somatisations : Les tensions se logent dans tes muscles, par exemple dans la nuque ou la mâchoires. Elle peuvent engendrer des maux de tête. Tu peux aussi avoir des troubles digestifs chroniques, des problèmes de peau …
  • Le système immunitaire affaibli : Vivre en mode « survie » mobilise toute ton énergie. Ton corps met en pause ses fonctions de maintenance et tu tombes malade dès que tu te relâches la pression.
  • La fatigue surrénalienne : À force de baigner dans le cortisol, ton sommeil se dérègle. Tu es fatigué·e mais comme « électrique », tu as des insomnies et/ou tu te réveilles déjà épuisé·e.

Il existe un danger spécifique pour les femmes ou les personnes assignées filles à la naissance. Si c’est ton cas, on t’a souvent tellement bien appris à faire des efforts que tu t’es totalement oublié·e. A cela s’ajoute le camouflage social (le « masking ») dans lequel tu as excelles probablement. Or, ce dernier a un coût énergétique immense qui s’ajoute à tes efforts quotidien et te accroit le risque de burn-out neurodivergent.

L’impact sur la santé mentale : un risque accru de troubles psychiques

Le coût n’est pas que physique, il est aussi psychique :

  • Les croyances négatives sur toi-même : À force de faire deux fois plus d’efforts pour obtenir la moitié du résultat des autres, tu finis par croire que tu es paresseux·se ou « cassé·e ». Ton estime de soi se dégrade.
  • La détresse psychologique : Ce décalage constant entre ce que tu veux faire et ce que tu peux réellement faire, réveillé à chaque fois que tu entends cette injonction, est générateur de souffrance.
  • L’insécurité permanente : Cette injonction favorise l’anxiété généralisée, car tu ne sais jamais quand ton cerveau va saturer.
  • Le risque de dépression : L’effort constant de vivre dans un monde inadapté finit par éteindre ta joie de vivre.

Solutions pour sortir de l’injonction à l’effort du monde neurotypique

Il est temps de changer de regard sur toi-même. Voici des pistes concrètes pour toi, mais aussi pour ton entourage.

Reprendre ta souveraineté : le travail intérieur

  • Arrêter de croire à cette injonction : Rappelle-toi l’exemple de l’allergique. Protéger ton cerveau face à ce qui l’agresse est une mesure de protection légitime et non pas de l’évitement ou de la faiblesse.
  • Déconstruire le validisme intériorisé : Quand la petite voix dans ta tête te traite de « fainéant·e », remplace-la par un constat neutre : « Mon système nerveux est en surcharge, j’ai besoin de calme : je vais me reposer ».
  • T’observer pour mieux connaître tes limites : Note les moments où tu satures et identifie les déclencheurs. C’est un travail qui prend du temps pour apprendre ton propre mode d’emploi, mais il est curcial pour ta santé.
  • Le prévention : N’attends pas la crise pour protéger ton cerveau. Par exempl, si une lumière te fatigue, baisse les stores tout de suite. Si c’est bruyant, même si c’est supportable, mets ton casque antibruit immédiatement.
  • Communiquer fermement : Apprends à dire « Je ne peux pas faire ça pour le moment » ou à demander des aménagements avant d’être épuisé·e.

Conseils pour tes allié·e·s

Si tu es un·e proche d’une personne neuroatypique, voici comment tu peux réellement l’aider :

  • Valider sans questionner : Si elle te dit qu’elle est épuisée, crois-la sur parole. Ne compare pas avec ta propre fatigue car vos réservoirs d’énergie sont différents.
  • Adapter l’environnement : C’est à l’environnement de s’adapter, pas à la personne. Au lieu de dire à la personne de faire un effort de concentration, propose-lui de faire une pause, de fermer la porte, de baisser la musique, de changer de pièce ou de reporter la tâche ou la conversation.
  • Proposer de la flexibilité : Accepte par exemple les textos, les vocaux, ou même de simplement rester dans la même pièce sans parler.
  • Supprimer l’attente de « normalité » : Si elle ne te regarde pas dans les yeux ou qu’elle fait du stimming pour se réguler, laisse-la faire sans commenter. C’est sa façon de rester disponible sans se mettre en danger.
  • Te renseigner par soi-même : Ne demande pas à la personne neuroatypique de tout t’expliquer, c’est coûteux pour elle. Regarde des vidéos et lis des témoignages de personens concerné·e·s pour comprendre son vécu. Interroge-la sur ses besoins en non sur la théorie.

Conclusion : ce qu’il faut retenir

Ton cerveau est ton allié, il est parfait comme il est, mais il a ses propres règles. Essayer de paraître « normal·e » en forçant va, à terme, détruire ta santé physique et mentale.

Le monde te demandera toujours de faire plus d’efforts. Ta mission est de répondre : « Non, je vais faire différemment », sans culpabiliser. Tes différences sont neurobiologiques. Ce n’est pas une question de morale ou de choix. Tu es souverain·e de ton énergie.

Un dernier mot : si tu souhaites obtenir de l’aide dans cette démarche, je t’invite à prendre connaissance de mes offres :

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Prends soin de ton précieux système nerveux.

Avec Amour💖

Sam

SOURCES SCIENTIFIQUES

Emond V, Joyal C, Poissant H. Neuroanatomie structurelle et fonctionnelle du trouble déficitaire d’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) [Structural and functional neuroanatomy of attention-deficit hyperactivity disorder (ADHD)]. Encephale. 2009 Apr;35(2):107-14. French. doi: 10.1016/j.encep.2008.01.005. Epub 2008 Jul 7. PMID: 19393378.

Uddin LQ, Menon V. The anterior insula in autism: under-connected and under-examined. Neurosci Biobehav Rev. 2009 Sep;33(8):1198-203. doi: 10.1016/j.neubiorev.2009.06.002. Epub 2009 Jun 16. PMID: 19538989; PMCID: PMC2743776.

Sachin Patel, MD, Ph.D., Centre médical de l’Université Vanderbilt, Circuits insula-amygdale centrale dans les fonctions sociales et sensorielles

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Ecker, C., Suckling, J., Deoni, S. C., Lombardo, M. V., Bullmore, E. T., Baron-Cohen, S., … & MRC AIMS Consortium. (2012). Brain anatomy and its relationship to behavior in adults with autism spectrum disorder: a multicenter magnetic resonance imaging studyArchives of general psychiatry69(2), 195-209.

Tzila E, Panagouli E, Tsouka M, Shihada A, Venieratos D, Chrysikos D, Troupis T. Connections Between Prefrontal Cortex Anatomy and Autism Spectrum Disorder: A Literature Review. Acta Med Acad. 2025 Dec;54(3):213-219. doi: 10.5644/ama2006-124.492. PMID: 41457716; PMCID: PMC12908599.

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