Neuroatypies et vie sexuelle : pourquoi ça peut être compliqué ?
TW : mention de VSS (violences sexistes et sexuelles)
Note : cet article est la restranscription du podcast suivant :
Dans cet article, je partage avec toi tout ce que j’aurais aimé savoir beaucoup plus tôt dans ma vie en ce qui concerne la sexualité en tant que personne neuroatypique.
🌈 S’affranchir de la norme en matière de sexualité
La première chose que j’aurais aimé qu’on me dise, c’est que dans le domaine de la sexualité en particulier, chercher à se conformer à la norme n’a pas le moindre sens. En effet, chaque corps est différent, chaque relation est différente, et l’intimité a besoin de liberté pour s’épanouir : elle ne peut pas rentrer dans un moule.
J’aurais aimé qu’on me dise que mon orientation sexuelle n’a pas besoin d’obéir à une norme, que mon identité de genre n’a pas besoin d’obéir à une norme, que la manière dont je vis ma sexualité – par exemple le rythme des rapports intimes – n’a pas besoin d’obéir à une norme et que tout cela n’a pas besoin d’être défini de manière fixe, étiqueté et que je n’ai de compte à rendre à personne sur ces sujets.
🏳️🌈 La diversité dans le monde neuroatypique
D’ailleurs, dans le monde neuroatypique, la sexualité se vit de manière plus variée. Il y a notamment une plus forte proportion de personnes neuroatypiques qui ne sont pas « cis-hétéros » :
- – Davantage de personnes asexuelles. [Asexualité = orientation sexuelle qui se caractérise par l’absence d’intérêt pour la sexualité].
- – Davantage de personnes qui vivent une fluidité dans leur orientation sexuelle et/ou dans leur identité de genre
- – Davantage de personnes trans, plus de personnes non-binaires
- – Davantage de personnes homo-, bi-, pansexuelles etc.
- Il semble également y avoir plus de diversité dans les pratiques sexuelles au sein de la communauté neurodivergente : BDSM, kink … Cela peut s’expliquer par le besoin de certains de nos cerveaux d’avoir un cadre strict, des repères clairs, et/ou des sensations fortes (hyposensorialités).
Prendre conscience de cette grande diversité au sein du spectre peut être libérateur !
🌸 La légitimité de nos désirs et de nos limites
🍃 Le plaisir de l’intimité sans pression
Une autre chose que j’aurais aimé qu’on me dise, c’est que – même si je ne suis pas dans la norme -, j’ai le droit de m’épanouir, de ressentir du plaisir, de vivre de la légèreté, de partager du plaisir et de la légèreté dans le cadre d’une relation si je le souhaite et que j’ai le droit aussi de ne pas en avoir envie. J’aurais aimé qu’on me dise que mes envies sont légitimes, que mon absence d’envie est légitime aussi, et que toutes ces fluctuations sont légitimes.
J’aurais aimé qu’on me dise que l’espace de la sexualité est un espace de légèreté. Cela signifie que l’on n’est pas là pour performer ou pour prouver sa valeur.
J’aurais aimé qu’on me dise qu’il n’y a rien à mériter dans ce domaine, que tous les corps sont beaux à leur manière, que tous les corps peuvent plaire à quelqu’un et que la sexualité n’est pas réservée aux personnes qui sont super minces et super canon selon les standards en vigueur.
J’aurais aimé qu’on me dise aussi que la sexualité n’est pas une récompense qu’on obtient parce qu’on est assez ceci, assez cela, qu’on s’est bien épilé·e ou que l’on a une coupe de cheveux parfaite.
🕊️ Respect et liberté
J’aurais aimé qu’on me dise que la sexualité est un espace de respect mutuel et que je ne dois rien à personne. On peut subir beaucoup de pression de part de la société, de l’entourage, voire dans le couple. Mais sous aucun prétexte nous n’avons le devoir de céder à cette pression.
Je ne dois rien à personne, mais personne ne me doit rien non plus. J’aurais aimé aimé qu’on me dise que je ne peux pas exiger que l’autre me désire – même dans une relation de couple – et que l’absence de désir de l’autre ne dit rien de moi et mais appartient à l’autre et rien qu’à l’autre.
🌻Particularités neuroatypiques et sexualité
J’aurais aimé savoir qu’en tant que personne neuroatypique, la sexualité est teintée de nos particularités :
- Les implicites et les codes sociaux qui peuvent nous conduire à ne pas comprendre le rituel de séduction
- L’habitude de masquer (masking) qui peut nous conduire à des gestes ou des mots qui laissent croire à l’autre que nos intentions sont au rapprochement physique alors que ça n’est pas le cas
- Les hypo- et hypersensibilités (textures, contact physique, odeurs, goûts …) qui peuvent nous déranger et perturber notre vie sexuelle si on n’y prend pas garde
- L’hyperactivité mentale et difficultés attentionnelles qui peuvent nécessiter d’abréger les rapports intimes ou au contraire de prendre davantage de temps . Les rituels, routines et/ou l’intégration de nouveautés peuvent être faciliants.
- La fatigabilité et l’épuisement qui peuvent nous conduire à éviter l’intimité et nécessitent de prendre en compte nos limites physiques et cognitives
- Les comorbidités (traumas, troubles anxieux) qui peuvent engendrer des dysfonctionnements et des troubles sexuels
- Les difficultés dans l’image du corps (dysmorphophobie, dysphorie de genre) qui peuvent impacter notre intimité.
🛡️ Protéger son intégrité
🛑 Le défi du consentement
Pour terminer, je voudrais te parler du consentement. Je t’invite à faire preuve de vigilance sur ce point.
En tant que personne neuroatypique, donner un consentement libre et éclairé peut être compliqué. Quand on a l’habitude de masquer, quand on a l’habitude de se suradapter, on peut dire oui sans le penser vraiment. On peut se sans se sentir obligé de dire oui. On peut ne pas avoir le choix parce que notre système nerveux ne nous laisse pas le choix dans l’instant.
Et puis on peut aussi avoir du mal à dire stop parce qu’on est en surcharge, parce qu’on est dans un état dissociatif ou pour d’autres raisons.
⚠️ Vulnérabilité et violences sexuelles
J’aurais voulu savoir qu’en tant que personne neuroatypique, je suis une cible facile. J’aurais aimé savoir que j’étais plus vulnérable que les autres et comment y remédier.
Les personnes neuroatypiques sont beaucoup plus sujettes aux violences sexistes et sexuelles. Des études montrent que 9 femmes autistes sur 10 ont déjà subi des violences sexuelles.
Que peut-on faire pour prévenir les VSS ?
Apprendre à reconnaître les codes de séduction
- On peut apprendre les codes de la séduction pour arriver à voir que quelqu’un est en train de nous draguer, que potentiellement il pourrait y avoir un risque ou une tentative de la part de l’autre d’envisager un rapprochement avec nous sans qu’on soit peut-être d’accord.
L’idée c’est d’apprendre les codes non pas pour les imiter, mais pour les reconnaître, pour les comprendre, pour les repérer. C’est aussi d’apprendre à clarifier notre pensée, nos limites, nos besoins avec l’autre dès que l’on a un doute concernant les intentions de l’autre, quitte à paraître ridicule ou présomptueux·s·e.
Apprendre à connaître et poser ses limites
A côté de ces codes, il y a aussi la question des limites. Pour pouvoir les exprimer, on a besoin d’abord de les connaître. Les limites, elles sont individuelles. Ça c’est quelque chose que j’ai mis longtemps à comprendre que mes limites ne sont pas les limites de quelqu’un d’autre. Il n’y a pas de norme en termes de limites. Elles sont vraiment personnelles, intimes, individuelles.
Pour connaître tes limites, tu as besoin de développer l’intéroception. L’intéroception est une compétence qui te permet de percevoir le « non » de ton corps avant d’en prendre conscience mentalement.
Sur ce sujet des limites, ce qu’il faut comprendre aussi, c’est que tu es légitime à exprimer tes limites, quelle que soit la situation.
Tes limites, tu peux apprendre à les verbaliser en amont, mais aussi au moment où quelque chose ne te convient pas. C’est ce je vais aborder maintenant.
💪 Un outil concret d’autodéfense
J’ai appris dans un atelier avec une association d’autodéfense féministe un petit outil qui sert à poser une limite. Il y a trois étapes.
Les 3 étapes pour poser une limite
La première étape, c’est de donner les faits. Exemple : « Tu me touches le bras. »
Deuxième étape, mentionner le ressenti. Exemple : « Je ne veux pas. »
Troisième étape, donner un ordre réaliste, et sans s’excuser. Par exemple : « Enlève ta main. »
Donc pour résumer ce que ça donne dans une situation où quelqu’un me touche le bras alors que je n’en ai pas envie, je lui dis : « Tu me touches le bras, je ne veux pas, enlève ta main. » Voilà, c’est simple, concret, efficace.
Mais bien sûr, pour pouvoir mobiliser ça dans un contexte où on va être hyper stressé parce que on est dans une situation qui nous met mal à l’aise, ça nécessite de s’entraîner. Alors je te dis ça pour toi, je le dis aussi pour moi parce que je ne me suis pas encore entraîné·e sur cet outil mais je pense qu’il est très utile.
Comment s’entraîner
Le conseil qui nous avait été donné dans cet atelier, c’est de s’entraîner. Par exemple, quand on regarde une série et qu’on voit une scène où on se dit « Ah là, si j’étais à la place de ce personnage, je poserais une limite », c’est de mettre sur pause pour imaginer les 3 étapes.
Exemple : quelqu’un lui crie dans les oreilles du personnage, je mets pause et je me demande : si j’étais cette personne, qu’est-ce que je dirais ? Alors, première étape, les faits : « Tu me crie dans les oreilles. » Deuxième étape, le ressenti : « Je me sens agressé·e. » Troisième étape, un ordre réaliste : « Tais-toi. »
Tu peux t’entraîner comme ça régulièrement quand tu y penses pour que ça devienne de plus en plus automatique et que tu puisses réussir à mobiliser cette compétence-là au moment où tu en auras besoin.
📞 Les numéros essentiels
Tu trouveras ci-dessous les numéros d’urgence et coordonnées d’associations ressources.
En cas de danger immédiat : Appelez le 17 ou donner l’alerte en envoyant un message au 114 si vous ne pouvez pas vous exprimer à voix haute. Une fois les informations relatives à l’urgence recueillies, le 114 établit le lien direct avec le service d’urgence local concerné qui interviendra dans les plus brefs délais.
Pour obtenir des informations en matière de santé sexuelle, le numéro vert national du planning familial : le 0800 08 11 11. Anonyme et gratuit, ce numéro est accessible du lundi au samedi de 9h à 20h en hexagone et du lundi au vendredi de 9h à 17h aux Antilles.
Pour trouver du soutien, de l’écoute et des conseils dans le domaine de la vie affective et sexuelle, la parentalité et/ou la lutte contre les VSS, les lignes téléphoniques régionales des centres Intimagir (public cible : personnes en situation de handicap) : https://www.monparcourshandicap.gouv.fr/intimagir
Conclusion & précisions
Pour conclure, je voudrais vraiment insister sur cette vulnérabilité particulière qu’on a en tant que personne neuroatypique et qui demande d’acquérir des ressources et des compétences qu’on n’a pas naturellement pour pouvoir se protéger au mieux.
Je voulais aussi préciser que dans mes accompagnements, la vie sexuelle est un sujet qui peut être abordé en toute liberté, sans tabou et sans gêne. J’ai d’ailleurs suivi une formation spécifique pour t’accompagner au mieux sur ces thématiques.
Avec Amour ❤️
Sam



