Avant d’aborder ce fameux « art de se foutre la paix », laisse-moi te raconter une petite tranche de vie. Alors voilà. Aujourd’hui, je passe une mauvaise journée. Enfin, disons qu’elle a mal commencé. Déjà, hier, ça ne tournait pas rond : dès que je touchais à quelque chose, il se produisait une catastrophe. La nuit a été courte à cause de la température. Et ce matin, j’avais une mauvaise nouvelle dans ma boîte mail. Rien de dramatique, mais suffisamment embêtant pour faire bugger mon cerveau déjà pas très en forme. J’avais des choses à faire, mais impossible de m’y mettre. Je suis resté bloqué.
Note : tu trouveras la version podcast de cet article ci-dessous :
Ce que j’ai envie d’aborder dans cet article, c’est comment je fais pour faire face à ce genre de défis comme on en a tous. Je parle ici des choses qui nous bousculent assez pour nous empêcher de suivre le plan prévu pour notre journée, mais pas de celles qui nous peuvent nous créer un mal-être profond et durable. Non, je parle bien des petites choses de la vie, « petites » du point de vue de la norme. Parce qu’en tant que neuroatypiques, on a une sensibilité particulière. Les émotions sont plus difficiles à gérer, surtout quand on est déjà fatigué. L’imprévu et l’incertitude peuvent nous paralyser. On y ajoute un peu trop de bruit ou de chaleur, et le vase déborde.
Quand la vague t’entraîne … 🌀
Le problème avec les émotions, ce n’est pas qu’elles soient désagréables, ça, on s’y fait. Le problème, c’est quand elle nous empêchent de faire ce qu’on avait décidé de faire. Parce qu’on perd le contrôle. Parce qu’on ressent de l’impuissance. Parce qu’on peut en arriver à se juger. Parce que ça nous plonge dans le brouillard et qu’on se sépare de soi-même.
Et puis, je ne sais pas si c’est ton cas à toi aussi, mais dans ces moments-là, mon intuition devient INACCESSIBLE. Je ne peux plus me fier à la sagesse de mon corps. Je ne suis plus capable d’entendre ma guidance intérieure. Je n’arrive plus à interpréter mes cartes de tarot. C’est comme si la vie me disait : « Débrouille-toi tout seul ».
Bon, je sais, au fond, que je ne suis jamais vraiment seul, mais c’est vraiment l’impression que j’ai dans ces moments-là.
Alors voilà. Je suis comme tout le monde, je ne suis pas Bouddha. Donc au début, je me laisse déstabiliser. Je me laisse même renverser par la vague. Je panique, je cherche des solutions rapides, je veux que ça s’arrête, je rumine, je juge les circonstances, je me juge. Bref, je me décentre.
Comment se recentrer (auto-empathie) ⚓️
Mais j’ai la chance d’avoir cheminé avec différents outils et de disposer d’une palette de compétences que je peux utiliser dans les moments critiques.
Spoiler : les outils ne servent pas à se débarrasser des émotions ou à tout résoudre mais à acquérir des réflexes qui vont dans le sens de ce que l’on veut créer pour soi dans sa vie.
Observer 👁️
Ce matin, après mon quart d’heure dramatique, je me suis assis et j’ai observé ce qui se passait à l’intérieur de moi. Ce que j’ai d’abord remarqué, c’est mon état corporel. Les manifestations de l’émotion dans mon corps. J’avais la nausée. J’avais plein de tensions. J’en ai pris note (mentalement).
Puis j’ai vu les pensées qui se débattaient dans ma tête. Elles étaient bien bien énervées. Tout un magma de pensées d’impuissance, de découragement, d’injustice, de frustration … Bien sûr, à aucun moment cela ne m’a permis de les faire fuir. Mais j’ai pris conscience une énimème fois de la différence entre qui je suis, moi, et ce blabla complètement délirant. Et non, ce blabla ce n’est pas moi. Déjà, ça permet de faire un pas de recul.
Après cela, j’ai remis du contexte dans tout cela : pic de chaleur depuis plusieurs jours, manque de sommeil … Dans ces conditions, je sais qu’il est absolument normal et même attendu que je me décentre plus rapidement. Cela aussi, ça enlève un poids.
Changer de regard 🪟
Ensuite, je me suis demandé : quel point de vue adopter sur les faits pour aller dans le sens de ce que je veux créer pour moi ? Ce que je veux créer, ma priorité depuis des années, c’est ma relation avec moi-même. Alors le point de vue qui me sert vraiment, qui m’est vraiment utile à ce moment-là, c’est de me dire : « ok, là tu ne peux rien faire de plus à l’instant T, mais tu peux prendre soin de toi pour que ça aille mieux demain ». J’aurais pu en adopter un autre, du style : « bon, tu as des trucs à faire, force-toi à les faire et ça ira mieux » ou « va faire un tour, tu verras, ça va te faire du bien, tu y verras plus clair ». Mais comme c’est très important pour moi de cultiver une bonne relation avec moi-même sur le long terme, je préfère la douceur.
Comment prendre soin de soi pour de vrai (auto-compassion) 🤲
Prendre soin de moi, mais comment ? Quand je suis fatigué ou émotionnellement challengé, ma capacité à identifier mes besoins du moment est quasi nulle. Et je n’ai pas forcément envie d’avoir recours à des outils. C’est pour ça que pour moi, prendre soin de moi = me foutre la paix.
Se foutre la paix en pratique 📍
Comment je me fous la paix ? Simplement en laissant de côté toutes les questions que je me pose et toutes les pensées que je pense à chaque fois que j’en prends conscience.
Passons en revue les catégories de pensées et de questions (liste non exhaustive) :
- les pensées de jugement sur moi-même : tu n’es pas assez ci ou ça, tu ne sers à rien, tu n’arriveras à rien comme ça, tu devrais prendre sur toi …
- les pensées qui me mettent la pression de manière frontale : tu devrais faire ci ou ça, tu perds ton temps, tu vas le regretter, tu as mieux à faire …
- et celles qui me mettent la pression de manière subtile : tu pourrais faire ci ou ça, tu te sentirais sûrement mieux si tu faisais si ou ça …
- ainsi que les questions qui se déguisent pour se donner une apparence bienveillante : comment je pourrais me détendre ? est-ce que ça me ferait du bien de faire ci ou ça ? de quoi j’ai besoin ? Oui oui oui, dans certains contextes, ces questions ne sont PAS bienveillantes.
A la place, je me dis : « Mon chaton, je sais que c’est pas une journée facile. Comme tout le reste, ça passera. Je n’ai pas besoin que tu fasses quoi que ce soit. Il n’y a rien à résoudre, rien à réparer, rien à changer. Je suis avec toi quoi que tu fasses. »
… la vie continue 🌱
Que se passe-t-il après ?
Simplement, la vie reprend son cours. La pression redescend et le mouvement se recrée, ou pas. Certaines fois, je passe une partie de la journée comme une baleine échouée sur le tapis, à caresser mon chat en laissant toutes mes pensées me titiller. Un jour comme aujourd’hui, j’ai eu l’élan d’écrire cet article. Les deux sont complètement corrects.
Prendre soin de soi n’a pas besoin de devenir une injonction. Prendre soin de soi, ce n’est pas forcément identifier chacun de nos besoins pour y répondre un par un. Parfois, c’est simplement se foutre la paix. Ne rien faire, simplement être. Avec plus ou moins de conscience.
Avec Amour ❤️
Sam



