Autisme/TDAH : pourquoi j’ai toujours honte de moi ? 🙈

Dans cet article, on va parler de la honte, un sentiment souvent très présent dans notre vécu de personnes neuroatypiques.

Il est tiré de ce podcast :

Qu’est-ce que la honte ? 🔍

La honte, un sentiment social 👥

Dans le Petit Robert, la honte est définie comme le « sentiment pénible d’infériorité ou d’humiliation devant autrui ».

La honte est donc intimement liée à la dimension sociale de l’être humain : s’il n’y avait pas le regard des autres, il n’y aurait pas de honte.

La différence entre honte et culpabilité 🧩

Parfois, on confond un peu la honte et la culpabilité. C’est normal : les deux sont souvent présentes en même temps.

La différence, c’est que la culpabilité va plutôt te faire dire « j’ai fait quelque chose de mal« , tandis que la honte te pousse à penser « je suis mauvais·e« .

Comment repérer la honte chez toi ? 👁️

Beaucoup d’entre nous sont alexithymiques et ont du mal à reconnaître leurs émotions. C’est pour ça que je vais te donner des indications pour t’aider à repérer la honte chez toi.

Dans tes pensées 💭

La honte va se présenter sous la forme de pensées de jugement.

Par exemple :

  • « Je ne devrais pas être aussi lent·e, aussi compliqué·e, aussi sensible… »
  • « Je ne suis pas assez performant·e, pas assez flexible… »
  • « Je suis trop rigide, trop désordonné·e …»
  • « Il y a quelque chose qui ne va pas chez moi. »

Toutes ces pensées sont des indices de la honte.

Dans ton corps 🫨

Quand tu as honte, tu es paralysé·e.

Tu te fais tout·e petit·e, tu essaies de te cacher. Ta posture s’affaisse ; tu essaies de prendre le moins de place possible, voire de disparaître.

Ta voix peux faiblir quand tu parles, et parfois tu peux rougir.

Dans tes comportements 🏃

Quand tu as honte, tu vas éviter tout ce qui risquerait de te confronter à du jugement ou à du rejet : certaines situations, mais aussi certains comportements, certaines paroles qui pourraient ne pas répondre aux attentes des autres. Tu vas donc te suradapter le plus possible.

Les 6 masques de la honte 🎭

La honte peut se cacher sous différents masques. J’en ai identifié six principaux. Pour chacun d’entre eux, je t’invite à t’interroger : est-ce que dans ma vie, ce masque est présent ?

La colère 🤬

Quand tu a honte, tu peux inconsciemment transformer cette honte en colère contre l’autre, parce que tu vas projeter sur l’autre ce que tu n’as pas envie de voir en toi. Cela peut entraîner des réactions disproportionnées face à certains comportements. Attention : les réactions disproportionnées peuvent avoir d’autres causes que la honte.

La honte peut aussi prendre le masque d’une colère que tu retournes contre toi-même : jugements négatifs, comportements auto-agressifs …

Le perfectionnisme 📏

Le perfectionnisme te pousse à essayer de faire les choses le plus parfaitement possible pour éviter tout reproche venant de toi ou des autres. Cette stratégie inconsciente a pour objectif d’éviter de ressentir de la honte.

Le surcontrôle 🔒

Le surcontrôle consiste à contrôler ton image, tes comportements, ton non-verbal pour éviter de ressentir de la honte. Attention toutefois à ne pas confondre ce masque avec le besoin de contrôle du cerveau autiste, qui est purement neurobiologique.

L’isolement 🏝️

L’isolement est un masque qui se caractérise par le fait de se retirer pour ne plus être confronté·e au regard des autres et ne plus risquer de vivre cette honte.

Les comportements compulsifs et addictions 🌪️

Ces derniers permettent d’anesthésier la honte. Le hic, c’est qu’en plus de te faire du mal, il t’entraînent dans un cercle vicieux.

Voici un exemple personnel : J’ai été très longtemps boulimique. Quand j’avais fait une crise de boulimie, après la crise, j’avais honte d’avoir perdu le contrôle : je me jugeais, je me punissais, et tout ça créait un mal-être qui préparait la crise suivante. C’est un cercle vicieux qu’on retrouve souvent dans ces comportements qui visent à anesthésier la honte : on essaie de l’anesthésier, et au final, on la renforce.

Les manifestations corporelles (somatisation)🩺

Quand la honte n’arrive pas à s’exprimer autrement, elle peut s’exprimer directement par des symptômes physiques : tensions, douleurs et autres maux, et favoriser l C’est ce que l’on appelle la somatisation.

De quoi a-t-on honte ? 📦

On peut avoir honte de son image, de son apparence physique, de son statut social.

On peut avoir honte d’un comportement qui n’est pas dans la norme, de ses pensées, de ses émotions (penser que nos émotions sont trop importantes, qu’on ne devrait pas les ressentir).

En fait, on a honte de tout ce qui nous distingue de la norme. C’est pour ça que la honte est quelque chose de si prégnant dans les neuroatypies : par définition, quand on est neuroatypique, on est hors-norme. C’est donc un terrain très favorable pour la honte.

La fonction de la honte et ses limites 🛡️

La honte a une fonction de protection. Elle est là pour nous signaler qu’on est en train de transgresser les règles du groupe. Cela nous évite le rejet et donc, potentiellement, la mort. Du moins, cela a été vrai dans le passé.

Elle protège aussi notre intimité : notre corps et nos émotions profondes.

Comme d’autres émotions, elle est un vestige de mécanismes qui ont contribué à la survie de l’espèce mais qui ne sont pas toujours utiles à notre époque. On ne peut pas l’ignorer pour autant.

En quoi la honte est-elle un problème ? ⚠️

La honte affecte la relation avec soi-même et avec les autres. Dans de nombreuses situations, loin d’être utile, elle est même toxique.

Impact de la honte sur la relation avec soi ⚔️

Quand tu as honte, tu rejettes certaines parts de toi, que tu souhaiterais voir disparaître. La guerre intérieure est déclarée : tu ressens des tensions, du stress, et tu peux t’identifier à ces parts de toi que tu rejettes. Tu peux te sentir toi-même indigne d’exister à cause de cette identification. Cela peut créer un sentiment de haine de soi : tu te sens tellement inférieur·e, tellement mauvais·e, que tu en arrives à te détester, ce qui peut favoriser les états dépressifs.

Quand tu as honte, tu te trahis en te cachant et en n’osant pas être qui tu es. Comme tu ne te montres pas tel·le que tu es, tu ne peux plus compter sur toi-même et tu perds confiance en toi.

Impact de la honte sur la relation aux autres 🫥

Lorsque tu n’es pas authentique, les autres personnes peuvent le sentir et avoir plus de mal à te faire confiance. Cela peut briser certains liens et ou empêcher à certains relations de se nouer.

La honte peut aussi te conduire à une forme de codépendance : rechercher à l’extérieur la reconnaissance, la validation, la valorisation, et progressivement perdre encore plus l’estime de soi.

La honte spécifique aux personnes neuroatypiques 🌈

Ce qui distingue la honte vécue par les personnes neuroatypiques de la honte neurotypique, ce sont les thématiques sur lesquelles porte la honte. J’ai relevé deux groupes de thématiques qui sont propres à notre vécu.

La honte de nos particularités de fonctionnement ⚙️

  • Honte de ne pas maîtriser tous les codes
  • Honte d’avoir des intérêts spécifiques ou de leur intensité
  • Honte de faire des crises, de perdre le contrôle
  • Honte d’avoir des besoins spécifiques (par exemple se stimmer)
  • Honte de procrastiner
  • Honte des oublis et erreurs d’inattention
  • Honte du désordre
  • Honte de nos limites

La honte des conséquences de la neuroatypie 🪪

  • Honte d’être handicapé·e
  • Honte d’avoir des droits liés à notre statut, en lien avec un sentiment d’illégitimité (surtout avec un handicap invisible – par exemple quand on nous demande de prouver notre handicap -, ce qui alimente le syndrome de l’imposteur)
  • Honte de notre situation socio-économique (ne pas être aussi productif·ve que la société l’attend, ne pas être en couple, ne pas avoir d’enfant, ne pas avoir de travail)
  • Honte d’avoir besoin d’aide, de dépendre des autres …

La honte a des conséquences sur notre vie, qu’elles soient spécifiques à la neuroatypie ou non.

Les 5 conséquences majeures de la honte chez les neuroatypiques 🪨

Le camouflage (masquage) 🥸

La honte peut te pousser à camoufler ta neuroatypie, à te suradapter pour cacher ta différence.

Dans une interaction sociale, tu vas par exemple te forcer à regarder dans les yeux, avoir certains gestes, une certaine posture, surveiller tout ce que tu dis, ne pas montrer que tu es dérangé·e par le bruit ou la lumière.

Mais c’est aussi plus insidieux : tu peux camoufler seul·e chez soi. Par exemple, avoir besoin de faire une pause et t’interdire de la faire, ou vouloir te consacrer à ses intérêts spécifiques et te dire : « Non, c’est pas bien, c’est pas normal, les autres ne font pas ça, je vais plutôt continuer la lessive ou la vaisselle. »

Le problème du camouflage, c’est que ça épuise, ça prend énormément d’énergie, ça fait augmenter les crises et favorise le burnout. Et quand le masque tombe — parce que tu n’as plus les ressources pour masquer —, tu as encore plus honte parce que ta différence apparaît au grand jour sans que tu t’y sois préparé·e.

Le perfectionnisme 📈

C’est à la fois un masque de la honte et une de ses conséquences. Le perfectionnisme mène à l’épuisement parce que tu fais des efforts démesurés pour atteindre cette perfection en dépassant tes limites.

La dissociation 🔌

Tu vas te couper de toi-même pour ne pas ressentir cette honte tellement douloureuse. Quand tu te coupes de toi, tu te coupes de tout ce qui te permet de respecter tes besoins. Alors tu dépasses inévitablement tes limites et tu t’épuises.

Le repli sur soi et l’isolement 🚪

Te replier sur toi, te couper des personnes qui t’apportent du soutien, qu’il soit émotionnel ou matériel, te prive de ressources dont tu peux avoir besoin. Cela peut avoir de graves conséquences sur ta santé mentale et ton bien-être global.

La négligence de soi et les comportements auto-agressifs 🚨

C’est la conséquence la plus douloureuse : avoir des comportements auto-agressifs, des idées ou comportements suicidaires, des addictions… Tout ce qui va te mettre en danger.

Alors que son objectif de départ est de protéger ta vie, la honte vient la mettre en danger. Elle ne joue plus du tout son rôle.

Quelles solutions pour se libérer de la honte ? 🔑

La première étape : nommer la honte 🗣️

Ça peut paraître basique ou un peu bête, mais c’est tout simple : nommer la honte. Ça enlève un énorme poids parce que ce qui nourrit la honte, c’est d’être cachée et invisible. Quand tu la nommes, tu la mets en lumière.

Sur le moment : prendre soin de toi avec bienveillance 🧸

Quand tu ressens de la honte, mon conseil est de faire comme si tu étais malade : t’offrir de la bienveillance. La bienveillance est un très bon antidote à la honte.

Je prends à nouveau l’exemple de mes crises de boulimie : un jour, au lieu de me dire après la crise que j’étais nul, que j’avais échoué, et de me punir, je me suis dit que j’allais faire comme si c’était quelque chose d’extérieur qui m’était arrivé, comme une gastro, et prendre soin de moi. J’ai sorti la bouillotte pour apaiser mes douleurs abdominales, je me suis mis devant une série qui me faisait du bien et je me suis installé confortablement.

Ça n’a pas suffi à me faire sortir de la boulimie à ce moment-là, mais ça a permis de rompre le cercle vicieux de la honte et m’a évité de faire de nouvelles crises juste parce que j’avais honte des précédentes.

C’est une piste à explorer parce que ça permet de restaurer le lien avec toi. Tu envoies à ton système le message : « Je suis là pour toi. Peu importe ce que tu fais, ce que tu es, ce que tu vis, je suis là pour toi. » C’est très favorable à la confiance en soi.

Sur la durée : déconstruire la honte 🪜

Voici des pistes concrètes pour t’aider à déconstruire la honte.

Reconnaître ce dont tu as honte 🕯️

Si tu vis de la honte régulièrement, le plus important est de mettre de la lumière sur les parts de toi que tu caches. La honte est nourrie par l’obscurité, elle se cache et c’est en se cachant qu’elle prend de l’ampleur. Quand tu mets de la lumière sur ce dont tu as honte, ça permet de la diminuer. Sois honnête envers toi-même et regarde les choses telles qu’elles sont. Laisse-toi le temps et demande de l’aide si besoin, car ça peut remuer en profondeur.

Cesser de te cacher 🌞

  1. Tu peux commencer à en parler anonymement, par exemple sur des forums de discussion.
  2. Ensuite, parles-en à quelqu’un de proche, à un·e professionnel·le ou à un groupe de pairs pour t’aider à normaliser ce que tu vis. Tu vas te rendre compte que plein de gens vivent des choses similaires avec beaucoup de honte, alors qu’en fait, tout le monde s’en fiche.

Le travail somatique 💫

Le travail somatique est précieux dans le cadre de la honte parce que la honte est autant présente dans ton corps que dans tes pensées. Passer par le corps permet d’accéder à ce que l’on n’arrive pas forcément à atteindre par l’analyse. Les méthodes que j’utilise en accompagnement psycho-énergétique permettent d’effectuer ce travail.

Avec Amour ❤️

Sam

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