Dans cet article, on va s’attaquer à la thématique de l’estime de soi chez les personnes neuroatypiques. L’estime de soi, c’est l’opinion que l’on a de sa propre valeur. Elle est souvent faible chez les personnes neuroatypiques.
Pourquoi ? Parce que tu te jauges en permanence et que tu as rarement le sentiment d’être « assez ».
Cela te conduit probablement à te mettre beaucoup de pression et à te suradapter. Tout ça pour répondre à une norme neurotypique qui ne correspond pas à ton fonctionnement et qui est donc … inatteignable.
Résultat : tu redoubles d’efforts, tu dépasses tes limites et tu t’épuises … Heureusement, il est possible d’éviter les pièges qui plombent l’estime de soi jour après jour.
Cet article est la version écrite et simplifiée du podcast suivant :
Estime de soi & neuroatypies : l’impact de la comparaison🔍
L’estime de soi consiste à jauger sa propre valeur. Si l’estime de soi est si souvent dégradée chez les personnes neuroatypiques, c’est parce que nous sommes différent·e·s et que pour mesurer cette valeur, nous avons tendance — souvent inconsciemment — à nous comparer aux autres. Étant différent·e·s de la majorité, nous avons plus de chances d’estimer notre valeur comme différente … et de considérer qu’elle est inférieure.
Le problème majeur de la comparaison, c’est qu’elle est totalement biaisée :
- On ne compare pas ce qui est comparable : tu te compares à des informations partielles, à ce que tu perçois de l’autre, sans connaître son contexte global ni ses propres difficultés.
- Tu oublies tes particularités : tu ne tiens pas compte de ton propre fonctionnement neuroatypique face à quelqu’un qui n’a pas ces caractéristiques.
- Tu te focalises sur ce qui semble te manquer et que tu perçois chez l’autre, mais tu as tendance à ignorer ce que l’autre n’a pas alors que toi, tu l’as.
Cette comparaison biaisée te conduit à t’estimer d’une manière injuste pour toi-même.
Les 7 erreurs qui nuisent à l’estime de soi ❌
Pour évaluer notre valeur, nous avons tendance à nous identifier à des critères précis. Même si tu n’es pas d’accord consciemment avec ces critères, ils ont été intégrés et intériorisés au fil du temps. Voici les 7 éléments principaux auxquels on s’identifie à tort.
1. Ma valeur = mes capacités ⚡
Penser que tes capacités cognitives, physiques, sociales ou intellectuelles font ta valeur est un piège. Comparer ta valeur à celle de quelqu’un d’autre sur la base des capacités est la racine même du validisme (ou capacitisme). Cela revient à évaluer un être humain comme un appareil ménager dont on mesurerait les performances.
C’est d’autant plus dangereux que :
- Il y aura toujours quelqu’un avec plus ou moins de capacités que toi.
- Tes capacités fluctuent (fatigue, fluctuations cognitives au cours d’une même journée, surcharge, burnout …).
Plus tu t’identifies à tes capacités ou incapacités, plus ton estime de toi devient instable.
2. Ma valeur = mon apparence physique 🪞
Considérer que ta valeur dépend de ton apparence mène à une obsession pour l’image du corps et à une déconnexion de ton vécu corporel et de tes sensations. Tu perçois alors ton corps comme un objet à modeler, ce qui peut favoriser les troubles du comportement alimentaire. De plus, au moindre changement (prise de poids, vieillissement, bouton sur le nez …), l’estime de soi s’effondre.
3. Ma valeur = mon statut, mon rôle 👑
S’identifier à son statut social, à sa position professionnelle, au fait d’être parent ou à une compétence spécifique (être un bon sportif, par exemple) crée un déséquilibre. Tu surinvestis ce rôle au détriment du reste. Le jour où ce statut disparaît, tu as l’impression de ne plus rien valoir et de ne plus savoir qui tu es.
C’est ce qui m’est arrivé lors de mon burnout en 2018 : j’avais été élu administrateur dans une asso et je prenais mon rôle très au sérieux. Lorsque j’ai dû me retirer pour préserver ma santé, j’ai été anéanti car je me suis senti profondément inutile et donc dépourvu de valeur.
4. Ma valeur = ce que je fais🏃
Associer sa valeur à ses actions et à sa productivité implique qu’une personne « improductive » ne vaudrait rien. Pour prouver ta valeur, tu te pousses à en faire toujours plus et à viser la perfection. C’est la voie directe vers l’épuisement et le burnout. Quand le burnout survient et que tu ne peux plus agir, ton estime de toi s’écroule si elle était fondée sur l’action.
5. Ma valeur = mes réussites 🎯
Si ta valeur dépend uniquement de tes réussites, chaque échec devient une attaque directe contre ton identité. Tu risques alors de développer des stratégies d’évitement : ne plus essayer pour ne pas risquer d’échouer. Tu rentres alors dans un cercle vicieux où tu te juges de ne pas avancer dans ta vie, ce qui affecte ta propre estime.
6. Ma valeur = mon savoir, mes connaissances 📚
Fonder ton estime de toi sur ta culture ou tes connaissances te fait oublier qu’on ne peut pas tout savoir. Le jour où tu rencontres quelqu’un de plus érudit dans un domaine, tu te sens immédiatement sans valeur.
7. Ma valeur = mes possessions matérielles 🚘
Dans notre société, c’est l’une des identifications les plus fréquentes. S’identifier à ce que l’on possède conduit à une obsession pour la réussite matérielle, à la surconsommation et parfois au mépris de classe. Et face aux aléas de la vie, perdre ses biens matériels revient alors à perdre toute sa valeur.
Résultat : une estime de soi précaire 🌧️
Comme tu peux le constater, fonder ton estime de toi sur ces 7 critères est extrêmement risqué. Aucun d’entre eux n’est stable ou définitif. Tout peut changer ou être perdu du jour au lendemain, ce qui place ton estime de toi dans une précarité permanente.
Redécouvrir ta valeur fondamentale 💎
Mon témoignage : j’ai découvert ma vraie nature ✨
Il existe une piste qui m’a personnellement aidée à arrêter de croire que je ne valais rien. C’est une réalisation profonde de ma vraie nature, de mon essence.
J’ai pu réaliser qui j’étais vraiment une fois que j’enlevais tous les attachements à ces identités, toutes mes pensées, mes histoires et mes croyances. J’ai réalisé que mon essence, comme la tienne, est pur amour, pure paix, pure beauté et pure lumière. C’est cette même lumière qui habite tous les êtres : c’est notre vraie nature, une nature que l’on pourrait qualifier de divine, pas dans le sens religieux du terme, mais dans le sens d’une perfection subtile qui dépasse la simple dimension terrestre et matérielle.
La valeur d’un être humain 💖
Lorsque tu enlèves à un être humain sa beauté physique, sa culture, ses capacités, ses biens ou ses réussites, il ne perd pas sa valeur pour autant. Un être humain a de la valeur, point. Il n’y a pas de comparaison possible ni de mesure à établir.
On peut utiliser la métaphore du billet de banque : prends un billet de 10 € et froisse-le, plie-le dans tous les sens ou passe-le à la machine. Il peut être abîmé ou biscornu, mais il conservera toujours sa valeur de 10 €. C’est la même chose pour toi : ta valeur fondamentale est fixe et inaltérable.
Tu as ta place 🌟
Chaque personne a sa place unique, comme les notes de musique qui composent une symphonie : aucune note n’est plus importante qu’une autre, et toutes sont essentielles à l’ensemble.
Changer de focus : l’acceptation de soi 🌿
Si la vision précédente ne te parle pas ou semble trop abstraite, voici une alternative très concrète : travailler sur l’acceptation de soi plutôt que sur l’estime de soi.
L’estime de soi ne sera jamais stable 🌊
L’estime de soi est vouée à fluctuer sous l’influence des pensées parasites, des conditionnements et des injonctions extérieures. Développer l’acceptation de soi est beaucoup plus puissant pour deux raisons :
- Cela te permet de sortir définitivement de la comparaison.
- Cela te recentre sur toi pour répondre à tes besoins et honorer qui tu es.
Comment cultiver l’acceptation de soi ? 🗝️
- Apprends à te connaître : Identifie tes forces ainsi que tes vulnérabilités, sans rien juger ni rejeter.
- Accueille ce que tu vis dans l’instant présent : sur le papier, s’accepter, ça peut sembler facile. Le vrai travail consiste à t’accueillir avec bienveillance au moment exact où tu traverses une crise ou une difficulté. Tu trouveras un mode d’emploi concret dans cet article.
- Crée une vie qui a du sens pour toi : une fois cette acceptation cultivée, tu peux utiliser tes capacités et tes ressources pour bâtir une vie qui honore ton fonctionnement unique et tes aspirations profondes. Tu n’as plus besoin d’épuiser ton énergie à prouver ta valeur aux autres ou à toi-même.
Un conte à laisser infuser 🕯️
Pour clôturer cet article, je t’invite à lire le conte suivant.
Le roi et le jardin 🌺
Il était une fois un roi qui avait créé autour de son château un jardin magnifique, rempli d’arbres, de plantes et de fleurs. Chaque jour, il prenait plaisir à s’y promener.
Un jour, après une absence de quelques semaines, le roi retourna dans son jardin et découvrit avec désolation que tous les végétaux étaient en train de se dessécher.
Il s’adressa au grand pin, autrefois majestueux, et lui demanda :
— « Grand pin, que s’est-il passé ? »
Le pin répondit :
— « J’ai regardé le pommier et je me suis dit que jamais je ne produirai d’aussi bons fruits. Alors, découragé, j’ai commencé à me dessécher. »
Le roi alla ensuite voir le pommier et lui posa la même question. Le pommier répondit :
— « En regardant la rose et en sentant son parfum, je me suis dit que jamais je ne serais aussi beau. Je me suis donc mis à me dessécher. »
La rose, elle aussi dépérissante, lui expliqua :
— « Comme c’est dommage que je n’aie pas la taille de l’érable et que mes feuilles ne se colorent pas à l’automne ! Dans ces conditions, à quoi bon vivre et faire des fleurs ? »
Poursuivant sa marche, le roi aperçut une magnifique petite fleur, parfaitement épanouie, colorée et dégageant un parfum enivrant. Étonné, il lui demanda :
— « Petite fleur, tu es magnifique. Comment se fait-il que tu ne te dessèches pas comme les autres ? »
La fleur lui répondit :
— « J’ai failli mourir moi aussi. Au début, je me désolais de n’avoir ni la majesté du pin, ni les fruits du pommier, ni le parfum de la rose. Puis j’ai réfléchi et je me suis dit : si le roi, qui a conçu ce jardin, avait voulu un pin ou une rose à ma place, il l’aurait planté. S’il m’a plantée moi, c’est qu’il me voulait moi, telle que je suis. À partir de ce moment, j’ai décidé d’être la plus belle possible. »
(Auteur·e inconnu·e)
Avec Amour ❤️
Sam



